Purins et insecticides maison

Atelier sur les purins et les insecticides maison, préparé par Robert Bélanger et Jean-Pierre Malo, d’Éco-Quartier.

La prévention a bien meilleur goût et elle est plus efficace.

TOUT D’ABORD PRÉVENIR!

Quand on découvre une infestation d’insectes parmi les plantes de notre potager, notre premier réflexe est souvent de leur lancer la foudre, d’employer les grands moyens tel Zeus du haut du ciel. Mais les grands moyens, comme la foudre d’ailleurs, ont l’inconvénient de faire plus de dégâts que de bienfaits. Et dans le cas des pesticides, de nous en laisser manger les résidus.

Aussi vaudrait-il mieux prévenir l’infestation que de la guérir à l’aide de la chimie. Le compagnonnage est un bon début, les plantes veillant les unes sur les autres. Quelle joie pour les jardinierÈREs débordéEs… ou paresseuxSES. De plus, il existe beaucoup de publications pour nous enseigner les bonnes combinaisons, quoique l’on puisse trouver quelques opinions différentes selon les sources utilisées ; il faut apprendre à faire nos propres expériences.

La rotation des cultures, d’année en année, diminue le risque du retour d’un insecte parasitant une famille de légumes particulière. En ressemant au même endroit, vous faites qu’il retrouve, sans se fatiguer, les conditions optimum pour se développer. Et vous assurez ainsi l’avenir de la prochaine génération.

On peut aussi planter au début de la saison quelques plantes que les bibittes n’aiment vraiment pas. Ces plantes peuvent dégager une certaine odeur comme l’Œillet d’inde (Marigold), le Souci (Calendula) ou l’Anis. Le basilic et l’ail accompagnent ainsi particulièrement bien les tomates.

La Rue exsude un produit qui reste sur ses feuilles … jusqu’à la prochaine pluie. Il se dilue alors dans le sol et chasse les indésirables.

L’ail et l’oignon sont des plantes de la même famille, et qui, en plus d’éloigner ceux avec qui vous êtes en conversation, éloignent un certain nombre d’insectes. Plantez-en partout dans votre jardin (surveillez cependant le compagnonnage). L’ail va très bien avec les rosiers … et n’affecte pas l’odeur de leurs fleurs !

Le lin commun, peu dispendieux à l’achat, peut être semer abondamment autour des plants de pommes de terre dont la doryphore, rayée de beige et brun, est si friande. Il ne faut pas la confondre avec la coccinelle, rouge à pois noirs, qui, elle, dévore quantité de pucerons.

L’idéal est donc de combiner ces différentes méthodes de culture et de laisser quelques emplacements pour des plantes à aromes insectifuges. Une grande part de ces plantes sont décoratives et comestibles, alliant ainsi l’utile à l’agréable.

PURINS-BUSTERS ET AUTRE MACÉRATIONS

Mais quelques fois, malgré toutes vos précautions, la prévention n’a pas suffit. Vous vous retrouvez avec des insectes qui s’invitent à déjeuner tous les matins dans votre jardin. Ou des champignons, des moisissures, de vilaines taches brunes (jaunes, rouges, faites votre choix !) apparaissent-ils sur vos plus magnifiques plantes ? Ces dernières prennent-elles un air essoufflé, jaunissant, sous le chaud soleil de juillet et ce, sans raisons particulières ?

Vite, employez les purins-busters ! Tous ceux qui sont présentés plus bas ont au moins une utilité pour votre jardin. Mais d’abord, qu’est-ce qu’un purin ?

La base d’un purin est constitué par la fermentation dans l’eau d’une ou de plusieurs plantes reconnues pour leurs actions reconstituantes. La prèle, par exemple, est antifongique (anti-champignons) tandis que l’absinthe est insecticide et que la luzerne est fertilisante.

Les purins recèlent de bonne quantité d’oligo-éléments, de phytohormones et de vitamines. Ils contiennent aussi de l’azote, du phosphore et du potassium en quantité variable selon les plantes utilisées. Comme ces éléments sont en grande partie solubles et directement assimilables par les végétaux, les purins ne devraient être utilisés que comme fertilisants d’appoint pour compléter la fertilisation par compost ou par fumier.

On peut se servir d’une plante seule ou fabriquer son propre mélange selon ses besoins particuliers et selon les végétaux disponibles. Il faut alors faire attention à la dilution avant application qui n’est pas la même selon que l’on fait une vaporisation sur les feuilles ou que l’on fait un arrosage de la terre. Le liquide dilué de cette dernière méthode ne doit pas toucher aux feuilles car il pourrait les brûler.

Le matériel dont vous aurez besoin sont assez facile à trouver : casserole, chaudière de plastique de 5 gallons avec couvercle, filtre (guenille de coton, etc.), bâton à brasser, vaporisateur, savon à vaisselle et plantes fertilisantes, insectifuges ou insecticides.

Les différents produits peuvent être vaporisés sur les feuilles ou appliqué sur la terre autour des plants à traiter ou à fertiliser. On peut aussi traiter les plants en continu plaçant les purins plus dilués dans l’eau d’arrosage. C’est la fertigation (fertilisation + irrigation). Dans les cas de vaporisations foliaires, on ajoute quelques millilitres de savon à vaisselle pour que le purin adhère aux feuilles.

On ne doit rien appliquer sur les feuilles quand la température dépasse 260C. Les pores des feuilles se referment à cette température et le produit sèche sans être absorbé en formant une couche hermétique empêchant la libre respiration de la plante.

Les trois principales méthodes pour préparer les plantes entrant dans les purins sont :

  • la macération : Remplir une chaudière de plastique de 5 gallons avec les plantes choisies, sans les      compresser. Puis on couvre avec de l’eau. Laisser macérer les plantes dans l’eau froide pendant 10  jours. On brasse avec un bâton chaque jour. Déposez un couvercle sur le seau sans le fermer     hermétiquement. Après quelques heures, la fermentation s’amorce. On filtre et on dilue le liquide   odorant si nécessaire.

Il est normal qu’une certaine… odeur se manifeste pendant la macération, il ne faut pas s’en inquiéter.   Veillez simplement à ne pas rester sous le vent et fournissez les épingles à linge pour le nez de vos   voisins. Appliquer les purins le soir est un autre solution, l’odeur se dissipant pendant la nuit.

  • la décoction : Placer des plantes recouvertes d’eau froide dans une casserole et amener à  ébullition. Laissez mijoter 45 à 60 minutes. Refroidir. Filtrer. Appliquer.
  • l’infusion : Plonger les plantes dans une casserole d’eau bouillante, couvrir et laissez refroidir jusqu’au lendemain. Filtrez. Appliquer.

LES INSECTICIDES MAISON

Avant de recourir aux insecticides commerciaux, le jardinier peut fabriquer lui-même plusieurs insecticides très efficaces et plus respectueux de l’environnement.

Ail

Faites macérer 20 g d’ail haché dans 20 ml d’huile végétale pendant 24 heures. Ajoutez à l’huile 1 litre d’eau et 10 ml de savon biodégradable; mélangez et tamisez ce liquide qui constitue le concentré. Pour les vaporisations, le diluer dans 4 volumes d’eau. Afin d’augmenter le pouvoir insecticide de cette préparation, on fait bouillir 5 piments forts dans 2 litres d’eau qu’on laisse réduire de moitié. Le litre obtenu sera utilisé avec l’ail et le savon pour préparer le concentré. Cette macération a un effet préventif sur les maladies fongiques et bactériennes et les acariens, les pucerons et le tarsonème du fraisier. En curatif, elle éloigne les pucerons des rosiers.

Lessis

C’est une macération de cendre pour contrôler les larves de la mouche du chou, de la mouche de la carotte et de la mouche de l’oignon. Placez 1 kg de cendres dans un seau d’eau, brassez et laissez macérer toute la nuit. Le lendemain, la cendre se sera déposée au fond. Les arrosages préventifs sont plus efficaces que ceux qui visent à enrayer une infestation. Apporte rapidement du calcium aux tomates dans les cas de pourriture apicale (carence). Attention à l’accumulation de métaux lourds et à la «propreté» du bois brûlé (peinture, vernis, préservatif).

Sel

Contre la piéride du chou. Diluer 1 c. à thé de sel dans 1 litre d’eau et pulvériser sur les plants. À répéter après chaque pluie.

LES PURINS ET DÉCOCTIONS INSECTICIDES

Les fleurs de la tanaisie et de l’absinthe ou les feuilles de tabac, de nicotine, de rhubarbe ou de raifort peuvent servir à la fabrication de purins et de décoctions insecticides efficaces contre un bon nombre d’insectes. Remplissez à moitié un chaudron de feuilles (rhubarbe, tabac ou nicotine) ou de fleurs (tanaisie ou absinthe), puis  le remplir d’eau. Faites bouillir 30 minutes et laissez macérer quelques heures. Filtrez et vaporisez sur les plants. Ces préparations peuvent être utilisées comme produit insecticide ou insectifuge.

Rhubarbe

On infuse 5 à 6 feuilles de rhubarbe durant 24 heures dans 4 litres d’eau bouillante. Filtrer et utiliser en vaporisation foliaire non diluée. Contre les limaces.

Tanaisie

Cette herbe sauvage est considérée comme profitable, sa forte odeur en fait un précieux répulsif d’insectes. Pulvérisée après infusion (300 g pour 10 litres d’eau), elle éloigne les acariens du fraisier et de la ronce, les fourmis et les pucerons. En décoction (même quantité), il faut l’utiliser contre le carpocapse et la mouche du chou au moment des vols.

La tanaisie sous forme de purin est particulièrement efficace contre la chrysomèle rayée du concombre, en synergie préventive d’un paillis déposé à la base des plants pour éviter toute ponte des chrysomèles… De plus, le purin de tanaisie semble avoir un effet bénéfique sur la croissance et la qualité des plants de brocolis.

Recette simple de purin de tanaisie:

  1. Remplir un baril de plants de tanaisie fraichement coupés(tiges, feuilles et inflorescences).
  2. Évitez d’arracher les racines pour permettre des récoltes subséquentes.
  3. Remplir le baril d’eau et laisser macérer le tout pendant 10 jours.
  4. Arrosez préventivement et sans autre dilution vos plants de concombre dès la première apparition des chrysomèles au jardin, faites l’application du purin de préférence en fin de journée après l’arrosage normal de vos plants, le purin ayant une odeur de fumier qui se dissipe au cours de la nuit, vous incommoderez moins votre voisinage et vous éviterez que vos feuilles ne brûlent au soleil.
  5. Après utilisation vous pouvez remplir votre baril à nouveau et laisser macérer encore quelques jours le restant des plants de tanaisie.
  6. Vous serez prêt pour une nouvelle application.

LES FONGICIDES MAISON

Bicarbonate de soude

Vaporiser les plants en prévention ou en traitement contre les maladies fongiques en général dont le mildiou. Diluer 1 c à thé de bicarbonate de soude dans 1 litre d’eau. Ajouter 1 c. à thé de savon insecticide.

Lait

Vaporiser les plants en prévention ou en traitement contre les maladies fongiques en général dont l’oïdium. Diluer 1 partie de lait dans 9 parties d’eau.

Prêle

Utilisée en décoction, la prêle a un effet préventif et curatif sur de nombreuses maladies fongiques : mildiou, oïdiums, rouille, tavelures et septoriose de la tomate ! Associée à du purin d’ortie, cela devient un fertilisant doublé d’un fongicide sans équivalent. Remplir une casserole de prêle sans la racine et recouvrir d’eau froide. Amener à ébullition. Laissez mijoter 45 à 60 minutes. Refroidir. Filtrer. Application en vaporisation foliaire, à dilution 1/10, en prévention ou en traitement contre les maladies fongiques.

LES INSECTICIDES BIOLOGIQUES COMMERCIAUX

Utilisés rationnellement et en dernier recours, les insecticides biologiques commerciaux ont leur place dans la régie du potager. Le jardinier avisé emploiera de  préférence les plus sélectifs et les moins rémanents (durée de vie courte) afin de minimiser leur impact sur le milieu.

Savon insecticide

Le savon insecticide est composé de sels de potassium et d’acides gras. Il tue les insectes en affectant leur système nerveux. Il est particulièrement efficace contre les pucerons, les mites et les perce-oreilles. C’est un insecticide de contact; il doit donc être vaporisé directement sur l’insecte nuisible.

Bacillus thuringiensis ou Bt

Le Bt est un insecticide bactérien très sélectif. Il permet de contrôler très efficacement toutes les chenilles. La bactérie tue en affectant le système digestif. Le Bt est utilisé aux 2 semaines sur les choux de la mi-juin à la fin de septembre ou au besoin. Une souche différente de Bt permet de contrôler efficacement la larve du doryphore de la pomme de terre.

Terre de diatomées

La terre de diatomées est un résidu fossilisé de silice provenant d’organismes unicellulaires, les diatomées, qui vivent à la surface des océans. Les cristaux de silice ont des angles très vifs qui perforent la membrane protectrice des insectes qui s’y frottent. Ceux-ci perdent alors leur liquide corporel et meurent. Si le produit est ingéré, il perfore le système digestif de l’insecte. La terre de diatomées n’est pas un poison car elle agit mécaniquement.

Cependant, ce produit est non sélectif et il affecte également une foule d’insectes utiles ainsi que le ver de terre. On l’utilisera donc en dernier recours pour les limaces et les perce-oreilles dans les cas d’infestations sévères. La terre de diatomées n’est pas dommageable pour les animaux à sang chaud.

Borax et acide borique

Contre les fourmis et perce-oreilles. Lors de l’ingestion, devient un poison dans le système digestif. Les fourmis le transporte dans la fourmilière et contaminent toute la colonie.

Huile de Neem

Contre les altises, pucerons, vers gris, doryphores et la piéride du chou. C’est un répulsif qui entraine des bouleversements comportementaux et physiologiques mortels pour les insectes à différents stades de leur développement. Peu sélectif, il est aussi toxique pour les insectes bénéfiques (coccinelles, abeilles et animaux aquatiques). Évitez d’appliquer en plein soleil car il est photodégradable.

AMENDEMENTS MAISON

Ortie

On l’utilise sous forme de purin (1 kg de plante sans la racine pour 10 litres d’eau) qu’on dilue ensuite à 1 partie de purin pour 20 parties d’eau. Une mixture pestilentielle mais son action est extraordinaire sur toutes les cultures potagères : il stimule et renforce les plantes (tomates, haricots, poireaux, etc.), prévient le mildiou et éloigne les pucerons et les acariens.

Thé de compost

Placer une bonne pelletée de compost au fond d’une chaudière de 5 gallons, remplir d’eau au trois-quarts et laissé reposer toute une nuit. Transférer le liquide dans un autre contenant. Il devrait avoir une belle couleur de thé «orange pekoe». Diluer-le s’il est trop foncé ou le remettre dans le 1er seau avec un supplément de compost pour une autre journée. Les résidus de compost peuvent être remis… au compost.

BIBLIOGRAPHIE

  • Lili Michaud  : Mon potager en santé
  • Yves Gagnon : La culture écologique des plantes légumières
  • Yves Gagnon : La culture écologique
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